Écrits sur l'art
José Ferreira W.
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(2) Henri Bergson, 
ouvrage de référence :
> La pensée et le mouvant
(1) expression de Jean Baudrillard dans : Illusions, désillusions esthétiques
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Eléments de théorie
Kinogenie
Le défi de restituer le mouvant sur un support statique
6. Nous ne percevons du monde que des arrêts sur image de sa mobilité générale. Ce que je tente de donner à voir et à percevoir dans mon travail sont ces coupes mobiles dont parle Bergson(2) et que les frères Bragaglia ont commencé à rendre visibles dans leurs Photodynamismes. C'est ainsi que j'ai été amené à rejeter l'instantané pour son incapacité à exprimer la durée et le mouvant autrement que dans les termes de l'immobilité.

7. Le langage fluide et mouvant que je déploie dans mes photographies et mes xérographies répond à cette préoccupation et s'inscrit dans le sillage d'une lignée d'artistes du mouvant parmi lesquels : les photographes Bragaglia, Gilbreth, Moholy-Nagy, Naggar, Mili ; les peintres Velázquez, Maes, Francis Bacon ; les sculpteurs Boccioni, Collins, Mann, et tant d'autres artistes, qui n'ont pas hésité à déformer la figure ou le fond pour rendre compte de leur mobilité de façon continue et fluide sur un support statique.
La perception à l'œuvre
1. La description que font les neurosciences de l'activité perceptive présente d'étonnantes similitudes avec la pratique artistique. A l'examen, notre perception apparaît peu fiable mais en revanche très créative, sans quoi nous ne pourrions jamais voir d'illusions visuelles, ni quoi que ce soit d'autre d'ailleurs. On pourrait dès lors considérer que notre perception est un artiste qui recrée le monde à l'intérieur de nous. L'expression artistique pourrait alors s'entendre comme une manifestation extériorisée de notre fonctionnement perceptif qui, comme elle, trie, projette, parie, autorise, inhibe, décompose, recompose, assemble, reconduit et se laisse arbitrer par la mémoire et les émotions. Notre perception est en tous points comparable à une fiction artistique, partageant avec elle ce flou que raillent généralement les rationalistes dont la perception n'est pourtant pas moins floue ni plus fiable que celle des autres.

2. Sondant les confins de la perception, mes travaux kinogéniques rendent visible l’écart entre réalité objective et réalité perçue. L'observateur y est amené à la fois à se questionner sur la nature de la réalité qui lui fait face et à prendre conscience de ses propres processus perceptifs à l'œuvre dans l'illusion.

Le charme spirituel du leurre
3. Par son usage de l'illusion, l'Art Kinogénique est un art ludique et émerveillant. L'émerveillement naît de la concomitance entre la perception de l'illusion et la conscience de sa nature illusoire.

4.
 A l'instar des tours de magie, la fascination qu'exercent ces perceptions kinogéniques résiste au soupçon de leur explication rationnelle. On a plaisir à s'y laisser prendre et cette acceptation du mystérieux merveilleux est précisément ce que Baudrillard a dénommé le charme spirituel du leurre(1), c'est-à-dire le plaisir que l'on ressent à accepter de se faire avoir par un astucieux dispositif illusionniste qui met en doute la réalité de la réalité et rend apparentes les capacités extrapolatrices du cerveau.

5. Lorsque l'on découvre que l'on peut accéder à une autre réalité au sein de la réalité habituelle, que notre perception est une reconstruction interne du monde et que la magie est capable d'opérer en nous, malgré nous, de quoi d'autre pourrait-on bien s'émerveiller sinon de son propre cerveau qui en est le principal artisan ?
L'Art Kinogénique : évolution
&
rajeunissement de l'Art Optico-cinétique
8. Ma production Kinogénique s’inscrit dans le prolongement direct de l'Art Optico-cinétique mais sans souscrire au dogme de l’abstraction géométrique qui caractérisait historiquement ce courant. Réconciliés avec la narration et la figuration, les effets de cinétisme que je mets en œuvre servent toujours un propos narratif, s'écartant ainsi de la gratuité abstraite et le plus souvent vide de sens d'un cinétisme perceptif purement décoratif, que j'appelle "l'effet pour l'effet" et qui, malgré ses réelles capacités récréatives, finit toujours et bien rapidement par lasser.

9. Mon travail Kinogénique peut dès lors être qualifié de Cinétisme Narratif, de Néo-Cinétisme, de Real-Cinétisme, de Pseudo-Cinétisme, de Sous-Cinétisme, d'Ultra-Cinétisme ou de tout ce que l'on voudra.

JFW, 2010
Si le mouvant n'est pas tout, il n'est rien.
Henri Bergson
Les ingrédients de l'Art Kinogénique :
l'illusion du mouvant, les confins de la perception,
la figuration, la narration.