Écrits sur l'art
José Ferreira W.
Dalí, inépuisable peintre paysagiste, peint en 1958 ce paisible Paysage au clair de lune, paisible en apparence seulement car l'image est tirée d'une photo à peine retouchée du plus grand serial killer de l'Histoire…
Salvador Dalí
Paysage au clair de lune avec accompagnement  (sérénade de Toselli)
1958, huile sur toile, 25,5 x 31 cm, collection particulière
1. MANGER LE PAYSAGE
Dans la conception Romantique, le paysage est protagoricien, à la mesure de l’Homme et formé à son image. Le paysage Romantique était en effet un “état de l’âme” c’est à dire qu’il pouvait changer à tout moment selon notre état intérieur. Le paysage Romantique était projectif, émotionnel, nimbé d’intériorité et de subjectivité, chargé du pathos qu’on y exportait. C’était un paysage passif, réceptif, féminin, qui se laissait pénétrer par nous, par notre impérialiste nombrilisme émotionnel. Il avait pour tâche d’exprimer les passions humaines. Le paysage Romantique était un simple révélateur de nos états d’âme, un miroir centré sur nous-mêmes. Fermé et sans surprises, il ne se laissait percevoir que de l’extérieur, Et dans cette relation spéculaire et distanciée, les Romantiques ne pouvaient que passer à côté de la véritable nature du paysage, n’y ayant pas vraiment goûté.

Pour Dalí c’est tout le contraire : c’est l’âme qui est un état du paysage. Et ce n’est pas là simple inversion facile et gratuite de la célèbre formule du poète suisse Amiel. Pour Dalí l’âme peut s’imprégner de l’objectivité qui l’entoure par le biais d’un paysage qui la pénètre et s’y installe. Nous n’intervenons pas sur le paysage mais le pay-sage intervient en nous. Il s’invite et s’importe en nous, nous ouvre et nous déprogramme.
Publié en 2007 dans Le regardeur n°2,
revue du Musée d’Art Contemporain et des Beaux-Arts de Nîmes

Un paysage quelconque est un état de l’âme.
Henri Frédéric Amiel

L’âme est un état du paysage, contrairement
à l’idée romantique que le paysage est un état de l’âme.

Salvador Dalí
Le paysage dalinien est actif, masculin, pénétrant et fécondant. Il doit être ressenti de l’intérieur, absorbé, broyé, digéré. Il laisse en nous sa petite graine ou ses nutriments. Il nous apporte et nous transmet de sa nature. Il nous enrichit car il nous transforme. La relation dalinienne au paysage demande courage, audace et prise de risque car nous nous y adonnons et nous offrons à lui au risque de la transmutation, du dérèglement, de la dépersonnalisation ou de la fécondation. Le paysage dalinien est eucharistique, il se transsubstantie en nous. Il est “juteux”3, se mange, s’avale et nous imprègne de l’intérieur. La métaphore sexuelle/alimentaire (le “stade oral” des psychanalystes) est essentielle dans cette conception. Rien là que n’aient déjà fait les…   > lire la suite
Dalíun paysage
 dans le nez